Cloches pour cheval : à quoi ça sert, comment les choisir
Protéger les glomes, éviter d'arracher un fer : les cloches rendent de vrais services au cheval qui se forge. Ce guide détaille leurs usages, les types disponibles, le choix de la taille et l'entretien.

Parmi les protections du cheval, la cloche est sans doute l'une des plus discrètes et des plus utiles. Cette sorte de jupe souple qui entoure le paturon et retombe sur le haut du sabot passe presque inaperçue à côté des guêtres ou des bandes de travail. Elle joue pourtant un rôle bien précis : protéger la partie basse du pied, cette zone fragile où se trouvent la couronne et les glomes, et limiter les dégâts quand le cheval se touche avec ses propres membres.
Tous les chevaux n'ont pas besoin de cloches, loin de là. Mais pour un cheval qui se forge, qui déferre régulièrement au pré ou qui travaille sur des exercices exigeants, elles peuvent éviter bien des blessures et des visites imprévues du maréchal. Encore faut-il choisir le bon modèle, la bonne taille et savoir quand les mettre, car une cloche mal adaptée peut créer plus de problèmes qu'elle n'en résout.
Ce guide fait le point sur le rôle exact des cloches, les situations où elles sont vraiment utiles, les différents types disponibles, la façon de les ajuster et de les entretenir, sans oublier leurs limites.
À quoi servent les cloches pour cheval
La cloche couvre la zone comprise entre le bas du paturon et le sol : la couronne (le bourrelet d'où pousse la corne), les glomes (les deux masses souples à l'arrière du pied, dans le prolongement de la fourchette) et le haut des talons. Cette région est à la fois sensible et exposée. Une atteinte à la couronne peut perturber la pousse de la corne pendant des mois, et une plaie aux glomes est souvent longue à cicatriser car la zone travaille en permanence.
Protéger les glomes et la couronne
Le premier rôle de la cloche est mécanique : amortir les chocs que le pied reçoit dans cette zone basse. Ces chocs peuvent venir du cheval lui-même, quand un postérieur vient toucher un antérieur, ou de l'environnement : cailloux projetés, heurt contre une barre d'obstacle, coup reçu au paddock, frottement contre le pont ou les parois d'un van. La matière souple de la cloche encaisse l'impact à la place des tissus vivants.
Éviter d'arracher les fers
Le second rôle concerne surtout les chevaux ferrés. Quand un cheval se forge, la pince du postérieur vient frapper le talon de l'antérieur du même côté. Si elle accroche l'éponge du fer (sa partie arrière), elle peut le décoller, le tordre ou l'arracher complètement, en emportant parfois un morceau de paroi avec les clous. La cloche recouvre les éponges et fait glisser le postérieur au lieu de le laisser accrocher le fer. C'est un vrai gain, car un fer arraché signifie un pied déchaussé, un risque de bleime ou d'abcès et une intervention en urgence. Pour comprendre comment le fer est fixé et pourquoi il tient (ou pas), vous pouvez relire notre article sur le rôle du maréchal-ferrant et la ferrure du cheval.
À noter : la cloche protège la zone basse du pied, mais elle ne remplace pas une correction du problème de fond. Un cheval qui se forge de façon marquée mérite un échange avec le maréchal et parfois le vétérinaire, car un défaut d'aplomb, un parage inadapté ou un manque de musculature peuvent être en cause.
Pour quels chevaux et dans quelles situations
Inutile d'équiper tous les chevaux de cloches en permanence. Voici les cas où elles se justifient vraiment.
Le cheval qui se forge ou qui s'attrape
C'est l'indication principale. Un cheval qui se forge se reconnaît souvent au bruit métallique caractéristique au trot (le clic du postérieur contre le fer antérieur), à des traces de choc sur les talons ou à des fers antérieurs régulièrement décollés. Les jeunes chevaux en cours de musculation, les chevaux au modèle compact ou ceux qui manquent d'équilibre sous la selle sont plus concernés. Pour eux, les cloches au travail (et parfois au pré) sont presque indispensables tant que le problème persiste.
Au saut d'obstacles
À l'obstacle, les efforts de propulsion et de réception rapprochent fortement les postérieurs des antérieurs. Le risque d'atteinte augmente, tout comme celui de perdre un fer en pleine détente. Beaucoup de cavaliers associent donc cloches et guêtres sur les séances de saut. Si vous débutez dans la discipline, notre guide de découverte du saut d'obstacles (CSO) détaille l'équipement couramment utilisé à l'entraînement et en concours.
Au paddock et au pré
Au pré, les cloches servent surtout à garder les fers. Un cheval qui joue, part au galop dans la boue ou pile brutalement a vite fait de marcher sur l'éponge de son propre fer antérieur avec un postérieur. Les chevaux connus pour déferrer régulièrement à l'herbage sont souvent laissés avec des cloches, en choisissant alors un modèle adapté au port prolongé.
Pendant le transport
Dans un van ou un camion, le cheval cherche son équilibre à chaque freinage et à chaque virage. Il peut se marcher sur les pieds ou heurter les parois. Les cloches complètent utilement les protections de transport en couvrant la couronne et les glomes, zones que les guêtres de transport classiques ne descendent pas toujours suffisamment couvrir.
Les différents types de cloches
Sous une forme générale identique, les cloches existent en plusieurs matières et systèmes de fermeture, chacun avec ses points forts.
Cloches en caoutchouc
C'est le modèle classique, simple et économique. Le caoutchouc est résistant, facile à rincer et supporte bien la boue. En contrepartie, il est assez rigide : mal ajusté, il peut frotter contre le paturon et irriter la peau, surtout sur les chevaux sensibles ou lors d'un port prolongé.
Cloches en néoprène ou à doublure souple
Les modèles en néoprène, souvent doublés de mouton synthétique ou d'un textile doux au niveau du col, privilégient le confort. Ils limitent les frottements et conviennent bien aux peaux fines et aux séances longues. Ils sèchent en revanche plus lentement et retiennent davantage la chaleur et le sable, ce qui impose un entretien plus suivi.
Cloches à coque
Certaines cloches intègrent une coque rigide ou semi-rigide sur la partie arrière, au niveau des glomes. Elles offrent une protection renforcée contre les chocs directs et sont appréciées à l'obstacle ou pour les chevaux qui se touchent fort. Elles sont généralement plus lourdes et plus chères que les modèles simples.
Fermeture velcro ou modèle à enfiler
- Cloches à velcro (scratch) : elles s'ouvrent complètement, ce qui rend la pose très facile, même sur un cheval impatient. Leur point faible est la fermeture elle-même : le velcro s'encrasse, perd de son adhérence avec le temps et peut céder dans la boue profonde. À réserver plutôt au travail et au transport, sous surveillance.
- Cloches à enfiler : d'une seule pièce, sans fermeture, elles se retournent et s'enfilent par-dessus le sabot. La pose demande un peu de force et d'habitude, mais une fois en place, elles ne s'ouvrent pas. C'est le choix le plus sûr pour le pré et le port prolongé.
Les cloches se combinent souvent avec d'autres protections des membres selon l'activité. Pour savoir quoi mettre au-dessus du pied, consultez notre article sur les guêtres et protège-boulets pour cheval, qui couvrent respectivement les tendons des antérieurs et les boulets des postérieurs.
Choisir la taille et bien mettre les cloches en place
Une cloche ne protège correctement que si elle est à la bonne taille. Trop grande, elle tourne, se retourne, se fait marcher dessus et peut même faire trébucher le cheval. Trop petite, elle comprime le paturon, frotte et ne couvre plus les talons.
Trouver la bonne taille
- La hauteur : cheval en station, la cloche doit effleurer le sol à l'arrière du pied, ou s'en approcher à un ou deux centimètres, de façon à couvrir entièrement les talons et les éponges du fer sans traîner par terre.
- Le tour de paturon : le col de la cloche doit laisser passer un doigt entre la matière et le paturon. Plus serré, il y a risque d'irritation ; plus lâche, la cloche tournera et laissera entrer sable et gravillons.
- La correspondance des tailles : les tailles varient d'une marque à l'autre (pony, cob, full et leurs déclinaisons). Fiez-vous au guide de mesure du fabricant plutôt qu'à la taille habituelle de votre cheval dans une autre marque.
La mise en place
Pour un modèle à velcro, positionnez la cloche col en haut, fermez la sangle à l'extérieur du membre, vers l'arrière, et vérifiez le passage du doigt. Pour un modèle à enfiler, retournez complètement la cloche comme une chaussette, présentez-la à l'envers sous le pied, enfilez-la sur le sabot en tirant progressivement (le pied du cheval relevé et tenu entre vos jambes ou sur votre cuisse), puis rabattez-la dans le bon sens une fois passée la partie la plus large du sabot. Tremper une cloche à enfiler dans l'eau chaude quelques minutes assouplit la matière et facilite nettement l'opération.
Vérifiez toujours après la pose que la cloche tombe bien droite, qu'elle ne remonte pas sur le paturon et qu'aucun corps étranger (brin de paille, sable) n'est coincé sous le col.
Entretien, port prolongé et limites
Un entretien simple mais régulier
Après chaque utilisation, rincez les cloches à l'eau claire pour éliminer boue et sable, et laissez-les sécher à l'air libre, à l'écart d'une source de chaleur directe qui abîmerait le caoutchouc ou le néoprène. Nettoyez le velcro à la brosse pour lui conserver son adhérence. Inspectez régulièrement l'intérieur du col : une doublure usée ou craquelée devient abrasive et blesse le paturon. Une cloche fendue, déformée ou dont la fermeture ne tient plus doit être remplacée sans attendre.
Peut-on laisser les cloches au pré en continu ?
Pour un cheval qui déferre à répétition, laisser des cloches au pré est une solution courante et efficace. Elle demande toutefois quelques précautions : choisir un modèle à enfiler (plus sûr qu'un velcro), retirer les cloches idéalement chaque jour pour contrôler la peau du paturon et des glomes, et redoubler d'attention par temps humide. La boue et l'humidité piégées sous la cloche favorisent en effet les irritations et les affections de la peau du pli du paturon. Au moindre signe de rougeur, de croûte ou de sensibilité, faites une pause et traitez la zone ; notre dossier sur les problèmes de sabots du cheval et leur traitement détaille les affections courantes de cette région et la conduite à tenir.
Les limites des cloches
- Elles ne protègent ni les tendons, ni les boulets, ni les canons : ce sont d'autres protections qui s'en chargent.
- Elles ne corrigent pas la cause du forger : elles en limitent seulement les conséquences.
- Elles ne garantissent pas à cent pour cent le maintien des fers : un cheval déterminé peut déferrer malgré tout.
- Mal ajustées ou jamais nettoyées, elles créent des frottements, des irritations et retiennent l'humidité contre la peau.
- Certains chevaux tolèrent mal le battement de la cloche contre leurs glomes au début : introduisez-les progressivement, sur des séances courtes.
Questions fréquentes sur les cloches pour cheval
Faut-il mettre des cloches aux quatre pieds ?
Dans la grande majorité des cas, les cloches se mettent uniquement aux antérieurs, car ce sont eux qui reçoivent les atteintes des postérieurs et qui perdent leurs fers. Les cloches aux postérieurs restent rares et répondent à des situations particulières, par exemple certains chevaux qui se touchent derrière ou des besoins spécifiques signalés par le maréchal ou le vétérinaire.
Un cheval pieds nus a-t-il besoin de cloches ?
Il n'a pas de fer à protéger, mais ses glomes et sa couronne restent exposés. Des cloches peuvent donc être utiles au travail ou au paddock si le cheval se touche, ainsi qu'au transport. Le besoin est simplement moins fréquent que chez le cheval ferré.
Cloches à velcro ou à enfiler : lesquelles choisir ?
Pour le travail quotidien et le transport, le velcro l'emporte par sa facilité de pose. Pour le pré et le port prolongé sans surveillance, le modèle à enfiler est plus fiable car il ne peut pas s'ouvrir. Beaucoup de propriétaires possèdent les deux et les utilisent selon la situation.
Les cloches suffisent-elles si mon cheval se forge beaucoup ?
Non. Elles protègent le pied et le fer, mais la cause doit être recherchée avec le maréchal-ferrant : aplombs, réglage de la ferrure, équilibre du cheval au travail. Un cheval jeune ou en reprise de travail peut aussi cesser de se forger à mesure qu'il se muscle et s'équilibre.
Les cloches font partie de ces petits équipements qui rendent de grands services quand ils sont bien choisis et bien utilisés. Pour aller plus loin sur la protection et les soins du pied, parcourez les autres guides du blog du Haras des Grillons, et si vous avez une question particulière, la page /contact vous permet de nous écrire directement.


